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Lees, Andrew John (1949-1994), scientifique, écologiste et militant environnemental, est né le 8 juin 1949 à Sandown Nursing Home, Great Yarmouth, dans le Norfolk. Il était l'aîné des quatre fils d'Edward Andrew Lees, hôtelier et conseiller municipal de Great Yarmouth, et de Beryl Whiteley.

Andrew Lees 1949 - 1994Enfant du Norfolk, Andrew avait une passion pour ses cieux immenses, ses paysages de plaine et ses cultures villageoises traditionnelles. Plus que tout, il aimait ses myriades de rivières et ruisseaux, ses digues, marais et plaines marécageuses, ainsi que sa faune riche et diversifiée. Les Norfolk Broads, oû la terre et l'eau se conjuguent, étaient le lieu oû Andrew se sentait le plus heureux. Il y reviendra plus tard pour défendre les Broads, des ravages de l'agriculture industrielle, au cours de ce qui deviendra " la Bataille pour les Broads ".

Andrew a toujours fait preuve d'un esprit curieux. Il n'était pas seulement passionné par la nature, il avait besoin de comprendre les secrets du monde de la nature. En 1967, il est admis à l'Université du Pays de Galles, à Cardiff, pour étudier la zoologie, la botanique et la philosophie. Diplômé avec mention en 1971, il travailla en tant qu'expert de terrain avec le " Nature Conservancy Council " (NCC - Conseil pour la Conservation de la Nature). La NCC avait une responsabilité statutaire pour la protection des principaux sites d'environnement naturel du Royaume Uni, en classant certaines zones en tant que " site d'intérêt scientifique spécifique " (SISS).

En tant que scientifique, l'engagement sans concession d'Andrew envers la conservation de la nature s'est manifesté en 1978, alors qu'il procédait à l'étude du marais Crymlyn, au Pays de Galles. Après avoir établi que cet habitat unique était propre à recevoir une protection particulière, il a organisé les communautés locales et les médias pour empêcher que ce site ne devienne un dépôt d'ordures. En 1981, travaillant avec l'association " les Amis de la Terre " (Friends of the Earth - FoE), il a réussi à obtenir par décision judiciaire, le réexamen de l'erreur de classification par la NCC d'une partie du marais en SISS. La NCC a cédé et le site a obtenu la classification SISS. Le marais Crymlyn a obtenu le label mondial de Site Ramsar en 1993.

Ce fut le premier succès d'Andrew dans une campagne environnementale. Sa rigueur scientifique et sa connaissance des lois sur l'environnement, liés à sa capacité à mobiliser l'intérêt des médias et de générer les soutiens locaux, ont été la base des stratégies gagnantes de ses campagnes de défense environnementale à venir.

Ayant perdu ses illusions sur le NCC, Andrew a quitté le Pays de Galles vers la fin de 1981 et est retourné dans son Norfolk natal. Les Broads (lacs et estuaires) étaient sérieusement menacés par des projets de construction de réseaux de drainage et de barrages pour transformer ces zones humides en vastes prairies pour la production céréalière. Les magnifiques marais Halvergate, les Wicken Fen, les Hickling Broads et tout un réseau de rivières, digues et plaines marécageuses qui forment un habitat unique pour la faune des Broadlands, auraient été détériorés voir perdus à jamais.

Fidèle à son image, Andrew a utilisé ses connaissances scientifiques pour identifier les dangers qui guettaient les Broads. En 1982, il a participé à la création d'une association des " Amis de la Terre - Broadlands ", et en a été nommé Président. S'appuyant sur les médias, il a dévoilé les contradictions environnementales dans les politiques agricoles du Gouvernement. La " Bataille pour les Broads " a été engagée. Il a mobilisé une formidable opposition au projet venant d'un large panel d'organisations environnementales, d'institutions académiques et de communautés locales. Il a réussi à galvaniser l'opinion locale et nationale contre le projet de drainage, et fut largement responsable du sauvetage des marais Halvergate.

Mais la " Bataille pour les Broads " n'était pas terminée. En 1986, suite à une longue campagne, de vastes zones de marais ont été classées comme " Zones Environnementales Sensibles " (ZES). Deux ans plus tard, suite à une forte pression publique, le Gouvernement a promulgué la loi " Norfolk and Suffolk Broads 1988 Act ". La Broads Authority est devenue une Special Statutory Authority, avec, comme attribution, de protéger et de mettre en valeur la beauté naturelle des Broads. Les Broads étaient protégés : un succès du, pour une large part, à l'engagement et à la campagne tenace d'Andrew.

En 1985, Andrew est nommé par les Amis de la Terre, responsable national de la campagne contre l'emploi des pesticides en milieu rural, et, en 1986, responsable de la campagne contre la pollution de l'eau et les déchets toxiques. La pollution sous toutes ses formes était inacceptable pour lui : pesticides agricoles, déversement d'eaux usées, lessivage par infiltration des site d'enfouissement de déchets, pollution automobile. Toute activité menaçant la santé humaine ou l'environnement faisait l'objet d'une campagne.

Andrew a continué à appliquer ses stratégies gagnantes avec force et détermination. Il a organisé une campagne des " Dirty Dozen " (les douze polluants) pour dévoiler un groupe de produits chimiques hautement toxiques, dont certains ont été plus tard soumis à des contrôles réglementaires beaucoup plus stricts, et d'autres interdits totalement. Il était le pionnier de l'utilisation des révisions juridiques pour démontrer les faiblesses de la législation gouvernementale. Il a compris bien mieux que d'autres les arcanes de la législation européenne et a utilisé les procédures de plaintes officielles pour assurer une application stricte des lois sur l'environnement de l'Union Européenne par le Gouvernement Britannique.

Selon son grand ami et collègue Tony Long, quand Whitehall n'agissait pas assez rapidement ou avec assez de fermeté, dans l'application des textes environnementaux, Andrew passait au dessus du gouvernement et interpellait la Commission Européenne. Il devint une figure bien connue des responsables de Bruxelles et déposa plus de plaintes officielles de la part des " Amis de la Terre - Angleterre, Pays de Galles et Irlande du Nord " que tout autre groupe environnemental ou tout autre pays.

Andrew s'est montré très méfiant envers les projets gouvernementaux de 1987, relatifs à la privatisation de la production et de la distribution de l'eau, qu'il estimait très négatifs pour la qualité de l'eau au Royaume Uni. Il a dévoilé la faiblesse des normes de traitement des eaux usées et l'insuffisance de leur contrôle, et a démontré que les taux de concentration des pesticides dans de nombreux systèmes de distribution d'eau potable, étaient en infraction par rapport aux normes légales. Plus tard, le Gouvernement Britannique fut déclaré coupable par la Cour Européenne de non respect des normes sur l'eau potable et sur la pollution des plages.

Finalement, Andrew obtint beaucoup de ce qu'il cherchait. La loi sur les ressources en eau (Water Ressources Act), promulguée en 1991, comprenait des normes environnementales bien plus élevées et des contrôles réglementaires beaucoup plus stricts pour la protection de la qualité de l'eau, que celles que l'on espérait. Certains pesticides furent interdits au Royaume Uni, et des milliards de livres ont été dépensés pour le nettoyage des plages britanniques. Ce fut là, une des plus belles réussites d'Andrew.

Les préoccupations environnementales d'Andrew se sont étendues au delà du Royaume Uni. En 1988, accompagné d'un confrère militant des Amis de la Terre (FoE), Charles Secrett, il parti au Nigeria et a dénoncé la décharge illégale de 8000 tonnes de déchets toxiques, pour la plupart d'origine italienne, à Koko, dans le delta du Niger. Andrew était révolté qu'un pays prétendu développé, puisse montrer si peu de considération pour la santé et le bien être des populations d'un pays en développement. Non content de simplement dénoncer les responsables, il a continué à pister les déchets sur le cargo Karin B. Le bateau n'ayant nulle part où aborder, la saga du Karin B devint un scandale international et une source d'embarras majeure pour l'Union Européenne qui, plus tard, a élaboré de nouveaux règlements plus contraignants pour le transport de déchets dangereux vers des pays en développement.

Andrew était un homme de communication talentueux et savait d'instinct reconnaître une histoire intéressante. Les journalistes le respectaient. Il savait s'exprimer sur des sujets compliqués dans un langage accessible pour eux. Avec ses phrases assassines, ils pouvaient toujours se fier à l'interprétation que faisait Andrew du discours gouvernemental. Il attaquait les infortunés politiciens, fonctionnaires ou industriels qui osaient faire courir des risques à l'environnement. Pour lui, le public avait le droit de savoir et il organisa diverses campagnes de sensibilisation sur les problèmes environnementaux. Il a introduit de nouvelles technologies d'information qui ont contribué à améliorer le profil de l'association des Amis de la Terre en tant qu'organisation militante nationale et internationale.

En 1990, Andrew devint le Directeurs des campagnes nationales de l'association des Amis de la Terre. Son style de militantisme enthousiaste et combatif ne s'est jamais modéré. Il travaillait jour et nuit pour obtenir des résultats, et il exigeait le même niveau d'engagement de la part de ses collègues. Il était aussi exigeant qu'encourageant. Son approche tenace et souvent sans compromis pouvait parfois exaspérer ses collègues. Mais il était également capable d'inciter, de soutenir, toujours d'encourager les autres à réaliser leurs aspirations, leurs souhaits, leurs rêves. Selon sa collègue Mary Taylor, Andrew faisait preuve d'une énergie, une créativité et une intelligence hors du commun. Son dévouement à l'environnement, son sens politique, son intuition médiatique et une touche de malice inspirèrent de nombreux collègues qui se sentaient flattés de faire partie de son équipe.

L'amour intense d'Andrew pour la vie et la nature ne se limitait pas seulement à ses campagnes environnementales. Il portait un vif intérêt à la philosophie, la politique et à l'art, ce qui a forgé sa propre vision non conventionnelle de la vie. C'est sa compagne, Christine Orengo, qui apportait un équilibre dans sa vie survoltée. Ils étaient très attachés l'un à l'autre. Elle le décrivait comme un merveilleux confident : le plus attentif et affectueux des partenaires, un soutien total et une force immense en période de crise. Ce sentiment était d'ailleurs largement partagé. Accaparé par l'organisation d'une ou de plusieurs campagnes, c'était le soutien affectueux et permanent de Christine qui constituait la plus grande force d'Andrew.

En 1992, il a participé au Sommet de la Terre à Rio de Janeiro pour y faire pression sur les puissants leaders occidentaux contre ce qu'il voyait comme leurs intérêts personnels, pour y faire campagne pour une approche unie de la résolution des problèmes environnementaux de la planète, et pour y appuyer les requêtes des pays en développement. Toutes les campagnes d'Andrew ne se soldaient pas par des succès, mais toutes s'avéraient efficaces pour attirer l'attention sur les questions environnementales. Au début des années quatre vingt dix, les hauts responsables du gouvernement et de l'industrie se sont rendus compte que, jamais, ils ne pourraient gagner dans un débat sur l'environnement, face à Andrew. Ils ont donc proposé une nouvelle approche basée sur de nouvelles règles d'obligation. L'heure était à la négociation et non à la confrontation, aux associations et à la responsabilité collective et non à la responsabilité individuelle. Dans ce climat de coopération émergeant, quelques collègues d'Andrew ont vu une réelle opportunité d'influencer les décideurs pour changer l'axe des politiques environnementales des gouvernements et les activités industrielles vers une approche plus durable du développement. Andrew avait des doutes. Il soutenait complètement le principe d'un développement durable, mais ne tolérait aucun compromis sur les questions environnementales.

Pour Andrew, la campagne pour la protection de l'environnement devait continuer. Il était comme ça ! En 1994, il s'est intéressé à Madagascar, la quatrième plus grande île de la terre, abritant une faune et une flore parmi les plus remarquables du monde. Sur quelque 200.000 espèces représentées sur place, les trois quarts sont endémiques. Q.I.T., une compagnie minière appartenant à Rio Tinto Zinc, proposait d'exploiter des mines de dioxyde de titane dans une partie de l'île. L'exploitation minière permettait d'envisager une production de 2 milliards de tonnes de dioxyde de titane sur quarante ans, en détruisant ainsi d'immenses étendues de forêts littorales et de dunes de sable uniques, et, par là, le cadre et le moyen d'existence de milliers de fermiers et de pêcheurs locaux. Ce fut une cause notoire, de portée internationale. Andrew s'est rendu à Madagascar avec un photographe, Paul Hellyer, un peu avant Noöl 1994, dans le but de faire un film documentaire en soutien à sa campagne. Equipé d'un magnétophone et d'une caméra vidéo, il a interviewé la population locale sur ses préoccupations, et a filmé les forêts et les dunes de sable qui seraient détruites si le projet était réalisé.

Malheureusement, il n'a jamais terminé ce documentaire. Bien que souffrant d'une diarrhée chronique, il a décidé, le soir de la Saint Sylvestre, de se promener seul dans la forêt de Petriky pour filmer une dernière séquence. Il était dans la ville de Fort Dauphin, au sud du pays, depuis une semaine, et était donc familiarisé avec le milieu de la forêt côtière ; ce n'était pas difficile pour lui de trouver son chemin pour quitter la forêt de Petriky. Bien plus tard, alors qu'il n'était pas au rendez vous fixé avec son taxi, l'inquiétude grandit. On évoqua même la possibilité d'un acte criminel, étant donné la haute sensibilité de ce projet de plusieurs millions de dollars qu'Andrew avait pour seul but d'arrêter.

Christine Orengo s'est rendu à Madagascar le 2 janvier pour se joindre aux secours. Le 7 janvier, après plusieurs jours de recherche, le corps d'Andrew fut retrouvé dans une petite clairière de la forêt de Petriky. Il n'y avait aucun indice d'acte criminel. Son matériel cinématographique était intact. Plus tard, l'autopsie a révélé qu'il était mort d'épuisement en raison de la chaleur.

Sa mort soudaine et tragique, à l'âge de 46 ans, a été ressentie partout dans le monde. Ses collègues des " Amis de la Terre " étaient désespérés. Il n'y avait plus que vide, là où il y avait eu de l'espoir. La tragédie a fait la une de la presse britannique. Tant ses amis que ses ennemis lui rendirent hommage. Tom Burke, un Conseiller spécial du Gouvernement a dit de lui : " C'était un héros et un homme qui inspirait un grand respect, même parmi ceux qu'il agaçait ". Les médias l'ont décrit tantôt comme un " saint laîc ", un " homme de grands principes " et comme le " dernier militant de l'environnement ". Un ancien Commissaire européen, Lord Clinton-Davis, a souligné l'extraordinaire capacité d'Andrew à influencer un public par ses preuves irréfutables et sa logique irrésistible.

Andrew's PlaqueAndrew était un scientifique plein de principes : un militant professionnel qui a acquis une reconnaissance et un respect international pour son travail sur l'environnement. Pourtant c'était un homme gentil et respectueux de la nature. Il était aussi déterminé à protéger la plus petite des créatures, qu'à sauver la plus grande zone humide.

Après sa mort, la Fondation Andrew Lees fut créée pour venir en aide à la population de Madagascar. Le Centre Ecologique Libanona est dédié à sa mémoire ; il réalise des études écologiques et des analyses de laboratoire, et diffuse des formations en matière de foresterie et de biologie marine. La fondation finance également des projets communautaires au niveau local.

Le monument le plus poignant érigé en son honneur est, peut être, celui qui se dresse à Pant-y-sais Fen, au nord du marais de Crymlyn Bog, où Andrew a gagné sa première bataille environnementale qui l'a mis sur la voie de son destin de sauveur de la planète Terre. Sur le monument, il est présenté comme " l'homme qui a déclanché la bataille pour la protection du marais " .On peut y lire une de ses citations : " A un moment donné, il fallait que je me lève et que je m'impose. Après tout, qui défend les papillons ? "

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